LETTRE OUVERTE | Ouvrons le dialogue en santé mentale dans nos milieux de travail
Je vis parfois des montagnes russes d’émotion à la maison. Ma conjointe vit avec un trouble de santé mentale. Comme proche aidant en santé mentale, mon rôle, c’est de l’accompagner au quotidien, de la soutenir, de l’écouter et de l’aider à affronter ses émotions.
Mais malgré toute ma volonté et le lapin Énergizer en moi, mon rôle comme proche auprès de ma conjointe a eu un impact sur ma propre santé et dans ma productivité au travail. Je suis gestionnaire dans une grande entreprise québécoise et j’ai moi-même été frappé par la réalité. J’ai fait une dépression. Cet arrêt de travail m’a aidé à prendre conscience que j’avais plus besoin d’aide que je le croyais! Je suis allé chercher de l’aide et des outils pour ne pas crouler sous la fatigue. Pour préserver ma propre santé. Avec cette introspection, j’ai appris à mettre mes limites comme proche. Ce pas de recul m’a aidé à reprendre le rythme et la pleine possession de mes moyens au travail.
Au Québec, les proches comme moi qui accompagnent une personne vivant avec un trouble mental, font souvent face à des tabous et vivent des difficultés à la maison qui les affectent au travail. Ces travailleurs doivent à la fois performer au travail et jouer le rôle de proche aidant à la maison. Tout un défi!
Un haut dirigeant dans une PME qui jongle avec un horaire surchargé et sa femme vivant avec un trouble bipolaire. Une mère, journalière dans une usine, qui tente de tout contrôler depuis le premier épisode psychotique de son fils de 16 ans et étire ses pauses pour l’avoir au bout du fil. Un travailleur de la construction qui s’inquiète de l’anxiété de sa fille et qui s’absente régulièrement du chantier. Je ne suis pas seul à vivre des montagnes russes. Les employeurs ont donc intérêt à mieux comprendre la réalité des proches en santé mentale, un rôle invisible au quotidien.
Ouvrir le dialogue dans nos milieux de travail doit devenir une priorité. Une vraie priorité. Les employeurs doivent adapter mettre en place des programmes d’aide aux employés, des ressources d’aide, du soutien psychologique et même de la télémédecine si nécessaire. Les politiques RH doivent être mieux adaptées à la réalité des proches d’une personne vivant avec un trouble mental. Je peux en témoigner : les employeurs en sortiront gagnant-gagnant avec des gains de productivité, de la rétention de leurs employés et moins de présentéisme au travail. Mais encore faut-il revenir à l’essentiel : ouvrir le dialogue, se parler et s’écouter au travail.
Encore aujourd’hui, ça m’arrive d’être moins disponible mentalement au travail, de devoir quitter le bureau de façon précipitée, de raccourir ma journée en raison de mes obligations ou de manquer d’énergie. Dans mon cas, le soutien de mon employeur a fait une réelle différence dans mon rôle de proche auprès de ma conjointe, dans ma productivité au travail et pour ma propre santé. Parce que j’ai été écouté!
Ne l’oublions jamais : une compagnie, c’est d’abord des gens. Des personnes qui ont des vies à l’extérieur du travail. Mon message aux entreprises : soyez à l’écoute de vos employés. Restez à l’affût des outils technologiques et des ressources communautaires disponibles pour les supporter. Aux proches qui soutiennent des personnes en santé mentale, soyez fiers du travail que vous accomplissez et osez en parler à votre employeur. Parce que c’est un rôle invisible qui doit être reconnu. Tous ensemble, ouvrons le dialogue!
Martin Gauthier
Gestionnaire et conjoint d’une personne vivant avec un trouble mental

